TROIS RÉSIDENCES DE RECHERCHE ET DE CRÉATION

Mise en scène de Jean-Paul Rathier, avec Michel Herreria et Max Michelena pour la scénographie; Alexandre Cardin et Thomas Rathier pour la vidéo; Jean-Luc Petit pour la lumière, avec les participations de Chazam pour le son et d’Anne Vergeron pour le costume.

Production Script, en coproduction avec l’Office Artistique de la Région Aquitaine et l’Institut Départemental de Développement Artistique et Culturel, en partenariat avec l’association Ramdam; Nouaison: résidence d’artistes de Pujols; les services culturels de Castillon La Bataille, Eysines, Lormont, Floirac et Bègles; les Chantiers Théâtre de Blaye et de l’Estuaire avec la commune de Reignac; le TNT Manufacture de chaussures et le Glob-Théâtre.

 

MONOLOGUE / AUTOPORTRAIT

Jean-Jacques Bichon ce n’est pas moi c’est l’autre.

À travers le personnage de Jean-Jacques Bichon, Marc Depond parle d’un comédien, fabulateur aguerri qui veut reconquérir son identité propre, être lui-même sans fards et s’imposer au public sans être un autre. Mais ce dévoilement, cet attentat à la pudeur scénique n’est-il pas lui-même un jeu? Cette fois c’est pour lui-même qu’il veut qu’on se passionne, c’est sa propre grandeur qui devient l’argument à déployer. Tel est tout au moins le projet de Jean-Jacques Bichon – projet ambitieux, généreux mais aussi dangereux. Et la grandeur risque de ne pas se trouver là où il le croyait.

De sa rencontre avec le metteur en scène Jean-Paul Rathier est née l’idée de traiter ce monologue comme un autoportrait.

Donc pousser Bichon à explorer sans complaisance les multiples facettes de son ego, jusqu’à le vider de toute vanité. C’est ainsi que le personnage parvient à s’émanciper de son image et à digérer ses ratages. Pour ouvrir la voie de la révolte et se confronter sur scène au tragique du siècle. Rompant le pacte de la fiction, le personnage finit par s’incarner dans l’auteur qui lui a prêté vie. Bichon-Depond parlent maintenant d’une seule voix, et ce nouveau «je» se découvre avec les autres dans le grand miroir du monde.

La mise en scène de ce texte pourrait alors fort bien se passer d’un metteur en scène. «Plateau nu, une table, une chaise». Telles sont les indications de la première didascalie. Et pour le reste tout est dit. À moins de supposer un écart, des dérèglements et des contre-pieds entre ce qui se dit et ce qui se fait sur le plateau. Justement pour fabriquer, en direct, cette autre scène où j’ai situé le nœud de l’intrigue: quand le spectateur, sitôt pris dans l’illusion du non-jeu simulé par Marc Depond, devient à son insu l’assistant de Jean-Jacques Bichon pour que la métamorphose ait lieu.

Jean-Paul Rathier

 

EXTRAIT

«Ma taille, elle est ce qu’elle est. Oh, je suis pas vraiment petit…

Les femmes de mon âge, elles sont presque toutes plus petites que moi, celles de mon âge, enfin, de la cinquantaine un peu passée, un peu tassée, un peu tapée. Non, ma taille, ça va. À peu près. Même plus jeunes… Y’en a… Et puis quand bien même, d’ailleurs…

Qu’est-ce que ça fait la taille!… Si on marche pas dans la rue en essayant de se la tenir, la taille… Et même là ! Après tout. Qui ça gêne? Hein? La différence de taille. C’est comme la différence d’âge. Qui ça gêne la différence d’âge hein? Qu’est-ce que c’est vingt ans après tout, hein? Ce qui compte c’est l’âge en dedans! C’est comme la taille. C’est la taille en dedans qui compte vraiment… Question grandeur…»

Jean-Jacques Bichon

 

LE THÉÂTRE COMME HYPOTHÈSE

Comment transposer au théâtre ce que la peinture nomme l’auto-portrait? Cette expérience singulière où le peintre ne se réfléchit pas dans la toile comme dans un miroir, mais où il se risque à une transmutation de son image pour en faire un visage et un corps de peinture. Cette opération est différente de ce que la littérature désigne comme auto-biographie ou auto-fiction. Nous avons cherché avec le texte de Marc Depond à faire de la scène un lieu qui puisse s’apparenter à l’atelier du peintre. Un lieu pour Jean-Jacques Bichon. Par le truchement de l’image vidéo, le personnage nous donne à voir une manière de peindre sans complaisance le regard que l’auteur porte sur lui-même et sur le monde.

J.P. R.

 

 

 

 

 

Conception : Antoine Rathier