«L’HOMME QUI MARCHE»

Extrait de la note adressée par Jean-Paul Rathier, metteur en scène, à Jean-Louis Thamin, directeur du Théâtre du Port de la Lune à Bordeaux en 1999.

 

«L’Homme qui penche» est un homme qui marche, qui parle et qui passe. Il traverse l’hiver 1996/1997 au Centre hospitalier de Cadillac en Gironde. Au jour le jour, il note le va-et-vient des petites choses qui arrivent comme par inadvertance dans les gestes et les paroles de ses semblables, des lueurs de vie certes vacillantes mais suffisantes pour éclairer la main qui écrit alors que tout s’abîme dans la nuit.

«L’Homme qui penche» se penche sur ce presque-rien d’amour qui échappe à l’espoir et au désespoir, ce «quelque-chose qu’on a laissé tomber» dit-il, la seule chose pourtant qui pourrait encore nous ensemencer d’une graine de fraternité.

 

«L’Homme qui penche» se redresse peu à peu et nous regarde au loin.

En silence, il écrit:

Il n’y aurait peut-être que deux mots,

deux mots pour se déplacer:

ici : qui accueille,

là-bas: qui accompagne.

 

Puis il cesse d’écrire quelques semaines après son deuxième séjour volontaire en psychiatrie, jusqu’à ce soir d’avril 1997 où il choisit de disparaître.

Avec «Le journal d’un manœuvre» et «Lettres à la bien-aimée», «L’Homme qui penche» est un des livres majeurs de Thierry Metz.

Faire entendre ce texte bouleversant de justesse sur ce qui nous fait humain, même au plus fort de la détresse psychique, est une nécessité poétique et éthique. La vie est là, elle nous oblige.

Et «L’Homme qui penche» nous invite à la transmettre, à la faire fructifier. (...)

 

«L’Homme qui penche» se penche hors de lui pour mieux revenir à lui, avec nous. Il écrit, le 29 novembre 1996, à la fin de son premier séjour à Cadillac:

«Le langage n’a sans doute d’accessible que l’invisible.

Et l’indéchiffrable.

L’accès n’est ni dedans ni dehors.

Introuvable et pourtant là.

L’imperceptible est notre seule et souriante complicité.»

 

 

Création

 

«L’Homme qui penche» de Thierry Metz à été présenté les 9, 10 et 12 novembre 1999 dans la salle des essais du Théâtre du Port de la Lune à Bordeaux. La pièce a été reprise les 23 & 24 mars 2000 à la Halle des Chartrons à Bordeaux et les 30 juin, 1 et 2 juillet au Château de Cadillac, dans le cadre du projet Cadillac > Scène ouverte.

Coproduction Script et Théâtre national de Bordeaux Aquitaine en préfiguration. En partenariat avec le Conseil général de la Gironde, l’IDDAC, le Conseil régional, le centre régional des Lettres et la Drac Aquitaine.

 

Mise en scène Jean-Paul Rathier, avec Stéphanie Cassignard, Alexandra Castellon, Fleur Sulmont, Thierry Cholet, Cyril Teste ; musique Chris Martineau; interprétation Julie Läderach; dispositif scénique Michel Herreria & Max Michelena; lumière Éric Blosse.

 

 

 

 

 

Conception : Antoine Rathier